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Oyez, oyez ! En exclusivité dans l'antre, les chroniques de Krakanntworest Lanuorec V ! L'univers comme vous ne l'avez jamais vu ! Par les deux rédacteurs de ce blog. Suivez l'évolution du récit ici même ! (Mises à jour régulières)
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mardi 2 décembre 2008

Undertaker

Une colère sourde, aveugle tempêtait dans ses veines. Il avait laissé le contrôle à son corps qui le guidait mécaniquement à son logis. Dans sa tête, les éléments faisaient rage, oscillant entre éclairs et averses, le tout ballotté par un vent puissant, provenant du tréfonds de son âme, pouvant créer des vagues de plusieurs mètres de haut, se fracassant sans relâche contre les parois de son esprit… inutilement. Dehors, le calme plat, un masque de certitude, taillé année après année à coup de douleurs avec des convictions. Un masque créé de toute pièce qui lui permettait de se noyer en toute tranquillité dans les remous de son esprit sans donner l’alerte. Comme une évidence son baladeur jaillit de sa main, résultat primitif d’une équation insoluble. Une musique dure, une musique de colère, une musique dénuée de toute douceur, un chant de guerre, c’est cela qu’il lui fallait. Undertaker s’imposa vite comme la référence du genre, la question de savoir pourquoi il l’avait ajouté à sa liste de titres venait de trouver réponse. Le volume augmenta, dicté par la main tremblante d’un chef d’orchestre en transe. Bientôt les flots de musique firent une brèche jusqu’au cerveau, sortie de secours inespérée devant l’inondation. Une partie de l’orage parvint à s’envoler dans la nuit froide, s’élevant par bouffées, telle des méduses en quêtes des lumières astrales transperçant parfois la surface de la mer. Mais les victimes de la boite crânienne continuaient de s’amonceler, le plus souvent par étouffement provoquant l’arrêt cardiaque. Pas la peine de compter sur le chef d’orchestre, sa baguette se levait et s’abaissait spasmodiquement sur un rythme de tonnerre, tonnerre qui ne voyait en ce mince bout de bois qu’un réceptacle à ses éclairs. Son corps lui signala une descente, ses pieds l’amortirent lentement, il n’était plus très loin de chez lui. L’espérance en la chaleur réconfortante du foyer, des siens qui l’attendaient, lui permirent de franchir les derniers mètres. Avant de tourner à l’embranchement, en l’espace d’un souffle, à peine, il entrevit à travers les brumes de sa vision, si fugacement mais pourtant si nettement : deux doigts, levés vers le ciel en signe de victoire… Cœur de bois, bras de fer, si je flanche, tu vas… Peu importe, cette guerre, quoi qu’il en pense, c’est lui qui l’avait perdu, batailles après batailles. Alors… déposer les armes, retrouver sa vie d’avant, avant tout ça… c’était tentant mais désormais il était allé trop loin pour battre en retraite… pas par ce chemin-là en tous cas. Ses doigts rendus gourds par le manque de sang fouillèrent frénétiquement les poches de son long manteau noir. La clef transperça le cœur de la serrure, l’éventrant par une rotation de la lame qui donna suite à un long grincement lugubre. La porte refermée, le silence s‘installa, un silence lourd, pesant, et avec lui sa sinistre sœur l’obscurité. Et Undertaker, ce lâche qui venait de le quitter une fois face à l’armée gigantesque de ses peurs. Plus personne, plus de musique pour doper son courage… A nouveau seul, croulant sous le nombre d’assaillants. Un réflexe le sauva néanmoins, le bouton de l’interrupteur s’enfonça dans un déclic, allié précieux surtout de par sa puissante compère la lumière. Celle-ci dispersa en un instant les ténèbres environnantes, desserrant l’étau qui se refermait menaçant sur lui auparavant. La montagne de marches lui faisant face, il entreprit, lentement de l’escalader, se forçant à ne pas lever les yeux vers un sommet qui lui paraissait, surtout ce soir, inatteignable. Une marche, puis une autre, se concentrer sur ce geste simple, ne penser qu’à cela, ne penser à rien d’autre, progresser, lentement, tenir… Le baladeur toussota à ses oreilles, les premières paroles de la musique suivante le stoppèrent net dans son élan. Encore une qu’il n’avait écouté que très rarement, à côté d’Undertaker, elle se trouvait le plus souvent écrasé par l’ombre repoussante du géant. Son esprit semblait boire les paroles, littéralement ingurgités à leur arrivée sur le canal auditif. Étrangement il avait l’impression de les découvrir l’une après l’autre, non, elle ne lui avait pas laissé le temps… Oui, cela paraissait peu vraisemblable mais il se sentait encore plus seul sur terre, sans savoir quoi faire… C’était juste hier… Tirer un trait sur ces pages blanches… Le noir fit écho à ses pensées en lui tombant dessus dans un sursaut, un guet-apens bien orchestré par ce traître de minuteur du rez-de-chaussée. Il oscilla lentement sur la marche, fermant les yeux, rentrant à l’intérieur de lui-même, en compagnie de cette musique dont il se nourrissait et qui apaisait ses brûlures. Les titres s’enchaînèrent, le ramenant à lui-même, le raccrochant à sa source, à son essence. Il rouvrit les yeux, fixant sans sourciller l’obscurité, la tempête apaisée il fouilla la poche de son manteau de sa main droite, il la retira vivement, comme sous l’effet d’une morsure, son portable, encore un objet empoisonné par toute cette histoire, il recelait trop de souvenirs, trop d’espoirs… C’est dans la poche de son pantalon qu’il le retrouva, un élastique à cheveux, noir, avec quatre petites perles de la même couleur, quatre sur huit... Mais où étaient passés les quatre manquantes ? Pouvait-il ramener son équation insoluble à celle-ci plus simple ? C’est tout ce qui lui restait d’elle, ça, une photos, et des souvenirs, des souvenirs gravés à même sa mémoire ou bien sur des quantités de feuilles tachées du sang de trop nombreux sms éradiqués. Mais la théorie et la réalité font toujours deux, de cette équation il en était sur… Il avait pris un masque pour la réalité et la réalité pour un masque… Ou bien était-ce l’inverse ?… Tout tendait à prouver le contraire… Il s’était dévoilé à elle, du moins en petite partie, mais c’était déjà plus que raisonnable… Elle avait profité de cette brèche pour chambouler sa vie… Il avait mis du temps à y remettre de l’ordre… Et maintenant… Il manquait toujours une pièce au puzzle… non, bien plus : quatre petites perles noires exactement : la moitié du puzzle. Les quatre restantes brillaient dans l’obscurité, d’un éclat interne, lui permettant de deviner l’élastique qui les reliaient entre elles… C’était donc un cadeau d’adieu et non de… Son doigt se referma sur le souvenir d’un autre doigt, de quoi se plaignait-il ? Il l’avait eu son duel au soleil, sa dernière danse, inaliénable... Cendrillon resterai Cendrillon et quoi qu’on en dise ce n’était pas la faute de Dieu. Son visage se détendit, effaçant les dernières traces du masque, s’en recréant un plus expressif… moins antipathique. L’élastique revint à sa poche, quand elle désirerait le reprendre elle l’y trouverai. Il savait qu’il devait maintenant certainement lui faire peur avec tout ce qu‘il lui avait dit. Il avait fait l’erreur parmi d’autre de négliger deux ans, deux ans d’écarts qui les séparaient, les entraînant chacun dans l’incompréhension… Mais au final c’était réciproque, elle lui faisait peur également, ce n’était sans doute pas la même peur, et sans doute personne ne pourrait juger laquelle des deux est la pire, sans doute personne n’arriverait à la surmonter, sans doute que… Qu’importe le sens où on le tourne, le problème reste entier. Mieux valait peut-être déclarer forfait, comme elle l’avait fait… Retourner dans sa vie, redevenir un étranger. Le jeu en valait t’il encore la chandelle ? La chandelle serait-elle assez lumineuse pour conjurer le jeu ? Il franchit les dernières marches dans le noir, ouvrit la porte de l’appartement, se laissa engloutir par le halo de lumière, la douce chaleur du foyer… et referma la porte d’un geste sur les ténèbres de l’escalier.

Lundi 1er décembre 2008, fin à 20h19, (et voila comment on commence un mois en beauté…) soit 55 jours, 20 heures et 19 minutes (bientôt 20) après le 8 octobre 2008, jour où tout a commencé, par un froid mercredi ; par un sms fiévreux ; par un regard… le regard… qui a fait basculer ma vie... qui m'a envoyé au dessus des nuages... battre des ailes, se croire l'égal des oiseaux pendant quelques secondes volées à ce monde... pour retomber brutalement plus bas que terre dans une explosion de plumes... contre le mur rugueux de la réalité ;… par un rêve éveillé…
Mais non… les personnages de romans ne se trouvent que dans les romans chers lecteurs... ou dans votre imagination ; c’est la morale de mon histoire… moi je la trouve chouette… pas vous ?… ah bon… tatataaa… sol la si do do si la si la do re sol...


Ragnatique

vendredi 26 septembre 2008

Mecarobot's

Support: Document souvenir
Sujets : Carole Drayle ; Evan Murol, Sylvain Gast, dit Mecarobot's.
Enregistré par : Erreur 312 : Vous n'avez pas les droits suffisant pour accéder à cette information.
Date : 10 septembre 2008.

« Mama... »

« Il a dit maman ! Tu as écouté chéri ? ! C'est son premier mot ! »

Le jeune homme avait un grand sourire aux lèvres et regardait le fabuleux tableau de sa femme et de son fils d'un air complètement enchanté et attendrit.

Carole secoua la tête, elle s'était encore laissé distraire par une de ces ombres, ces souvenirs du passé, ces fantômes qu'elles croisaient à tout instant dans les rues. Ces lambeaux de vies, dont les faits réels pouvaient remonter à des temps complètement aléatoires. C'était généralement de moments intenses de la vie, des émotions fortes éprouvées par des passants, ancrés profondément dans le lieu où elles avaient été vécues, et persistant longtemps, même après la mort des individus concernés.

Elle se baladait entre les arbres printaniers du parc se situant en bordure de la mairie d'Atlas. Elle vivait en permanence entourée d'illusions qui se mêlaient au monde réel dans une parfaite harmonie. Il n'était pas rare que les gens la regardent de travers car elle venait de se décaler pour éviter de percuter un fantôme, comme tout un chacun le ferait pour une personne réelle, mais elle se moquait éperdument du regard des autres car elle détestait pas dessus tout le contact des esprits.

Eux ne la voyaient pas, vivaient dans leur propre monde, leur propre temps, et elle se sentait parfois mal à l'aise d'observer ainsi ces moments intimes.. Mais elle n'avait pas le choix. Les visions étaient là depuis sa naissance, c'était ainsi, et cela le resterait. Elle jeta un regard un peu envieux à deux amoureux se bécotant sur un banc public et repensa à sa vie sentimentale. Elle avait cru rencontrer quelques semaines plus tôt un type génial, un constructeur d'androïdes de Peregrine Island, mais il l'avait beaucoup déçu, et après deux semaines passées à être de bons amis, elle s'était rendu compte que leurs idées divergeaient complètement.

Elle même pensait depuis longtemps qu'il n'était rien de plus puissant et de plus beau que les liens que les hommes tissaient entre eux, les relations, les petits bonheurs quotidiens, et ses « visions » la poussait forcément à ces pensées précises. Cependant, lui croyait en la supériorité de la « race » des robots, excluant toute émotion. Il pensait qu'un jour la planète serait leur, car ils étaient puissants, invincibles, indomptables, et d'une froide efficacité. Il n'avait pas fallut longtemps pour que les deux personnes se disputent et se séparent peu à peu, irrémédiablement, malgré leurs nombreux points communs. Cela faisait à présent une semaine qu'elle tentait de l'oublier, tellement leur lien avait été intense lors des premiers jours.

Elle sortit du parc pour se rendre sous l'ombre d'un des grands immeubles de la ville. Un des fantômes attira son attention, un homme grand, brun, au regard triste et aux yeux bleus pétillants. Une petite barbe mal rasée saillait sous son menton, ses joues étaient creuses et son visage fin et maigre trahissait une sous alimentation, presque autant que son corps svelte et peu musclé. Il avait un air préoccupé, semblant un étudiant un peu tourmenté. Son visage était charmant, mais ce n'était pas cela qui avait attiré l'attention de Carole, c'était la netteté exceptionnelle du souvenir, certes toujours un peu translucide, mais particulièrement opaque et aux contours parfaitement dessinés, comme si la personne s'était longtemps remémorée cet instant, que Carole ne jugeait pourtant pas spectaculaire.

L'homme la percuta de plein fouet et la traversa pendant qu'elle le regardait, comme obnubilée. Elle avait l'impression de l'avoir déjà vu quelque part, mais il était fortement probable que ce ne soit qu'une impression. Elle put alors voir un homme qui devait marcher juste derrière l'esprit, et la surprise fut alors de taille tellement la ressemblance entre les deux hommes était frappante. L'homme avait le même visage, mais semblait plus vieux et avoir gagné beaucoup d'assurance. Son regard était conquérant, un sourire narquois étirait ses lèvres, ses sourcils étaient légèrement plissés, ce qui lui donnait un air malin et espiègle. Il semblait plus fort, musclé, et mieux nourrit.

Il avait laissé tombé son uniforme universitaire pour une tenue nettement plus décontractée, d'un blouson de cuir noir par dessus un T-shirt bleu où était dessiné la tête d'un diable en blanc. Sur son épaule droite reposait un énorme crâne violet aux yeux d'un noir profond qui donna à Carole la chair de poule. Ses cheveux avaient étonnement blanchis, alors qu'il semblait n'avoir pas vieillit plus de quelques années. Il était en train d'essuyer ses lunettes de soleil sur son T-shirt. Il les remis sur son nez et sembla soudainement voir Carole, qui se tenait à présent à quelques centimètres de lui et avait faillit le percuter lui aussi.

« Ha, c'est donc vous. Je vous cherchais. »

Carole, surprise, le regarda légèrement de côté, les sourcils froncés.

« Pardon ? »

« Oui. Vous m'avez bien entendu. Je vous connais. Maintenant, vous allez suivre avec moi mon souvenir, car je suppose qu'il doit traîner dans les parages, si j'ai bien compris vos pouvoirs. J'ai besoin d'avoir quelques renseignements. Soyez gentille et aidez-moi, je n'ai pas l'intention de vous faire de mal. »

Carole lui lança un regard noir.

« Et qu'est-ce qui vous fait croire que je suis juste un objet qu'on utilise pour se rappeler son passé ? »

L'homme sourit.

« Ça. »

Il ôta son gant droit et laissa apparaître une main mécanique disposant d'un laser intégré, qui pointait le ventre de la femme. Carole remarqua sa discrétion, nul passant ni même héros volant n’aurait pu apercevoir son arme. Son visage avait gardé son petit sourire cynique et son sang était manifestement resté implacablement froid, étant donné qu’il avait prononcé ce mot sur le ton de la conversation, et que sa main ne tremblait strictement pas, contrairement à celles des Hellions du coin qui s’en prenait parfois aux inconscient qui sortait un peu trop tard le soir dans les rues.

Encore un Cyborg. Foutus Cyborgs. Elle avait décidément du mal avec l’ego surdimensionné de ces gens là. Elle le regarda dans les yeux, simplement, le mettant au défi de mettre sa menace à exécution. Elle en avait déjà trop vu pour être simplement effrayé par ce genre de menace, et elle n’avait pas grand chose à perdre en mourant. Malgré ça, sa vie lui plaisait, et elle n’était tout de même pas pressé de mettre fin à ses jours juste pour tenir tête à un illustre inconnu aux cheveux grisonnants.

« Pff. Vous ne valez même pas la peine que je meure pour vous résister. »

Sur ce, elle se retourna, sans un mot de plus, et repéra l'homme dans la foule, le jeune. Elle se mit à le suivre. Le plus vieux hocha silencieusement la tête et lui emboita le pas. Se questionnant déjà sur ce qu'il y aurait d'intéressant à apprendre dans ce souvenir, elle marchait de son pas vif habituel, sa curiosité l'emportant sur la crainte d'un danger potentiel.

L'étudiant sillonna pendant un bon quart d'heure dans les rues d'Atlas prenant des trajets assez bizarre et tournant quasiment en rond, comme si son unique but était de passer le temps. Finalement, il sembla se produire un changement en lui, comme s'il venait de prendre une décision. Il s’arrêta, sembla réfléchir un instant, puis de dirigea directement vers la ligne jaune et prit le monorail jusqu'à King's Row. Il parcourut ensuite une bonne distance avant d'arriver devant un hangar qui semblait abandonné. Il passa dans une ruelle sombre qui le longeait, cassa un carreau et s'infiltra difficilement par l'ouverture. Ce fut une drôle d'impression pour Carole, car les lieux n'avaient pas changé depuis l'époque du souvenir, excepté que le carreau était encore cassé, et que le souvenir se superposa donc à la réalité, à un point que Carole ne savait plus trop dans quel monde elle se situait.

Elle passa elle aussi par la fenêtre, saisie par un sentiment de malaise. * Et si quelqu'un vivait là aujourd'hui ? * Mais elle n'eut pas le temps de se poser des questions, jetant un vague coup d'œil en arrière sur l'homme qui l'accompagnait silencieusement depuis le début. Il n'y avait aucune hésitation derrière ses lunettes noires. Aucune possibilité de refus. Aucune autre initiative.

Ils se retrouvèrent tous à l'intérieur. Une lumière tamisée éclairait vaguement les lieux. Des grands conteneurs de métal rouillé, des vieilles palettes de bois moisi, des grandes poutres de métal effondrées sur le sol. Et ça et là, éparpillés un peu partout sur le sol, des mécanismes en morceaux, des puces électroniques, des barres métalliques fondues. Carole discerna trois ordinateurs reliés entre eux par de gros et nombreux câbles électriques, des pc aux allures futuristes, mais pourtant largement dégradé par l'âge. Autour de ces ordinateurs, six carcasses de robots étaient assises contre les murs. Trois de petites tailles, assez basiquement assemblés. Ils encadraient trois autres robots, de carrure plus impressionnante, exceptionnellement celui du centre, qui était plus grand que Carole, à vue d'œil. Tous avaient des phares rouges en guise d'yeux, des membres assemblés très anarchiquement, et puaient la rouille à plein nez. Ils semblaient inactifs depuis des années, des toiles d'araignée s'étant formées entre leurs circuits défoncés par le temps. Le tout était élégamment surplombé d’une belle couche de poussière et de toiles d’araignée.

La vision souvenir, où tout était neuf et en bon état, se superposait étrangement à la version qu'elle voyait, lui posant quelques problèmes pour distinguer le vrai du faux. Jamais elle n'avait vu un souvenir si précis. Jamais. L'entrepôt semblait irréel et oppressant, Carole ne se sentait pas bien, comme si le souvenir qu'elle regardait respirait la haine et la méchanceté. Tout miroitait, tout était flou et étrange. La poussière semblait apparaître puis disparaître en divers endroits, comme si le temps avait perdu toutes prises sur cet entrepôt délabré. L’ensemble était à la fois immobile dans le présent ou le passé, mais aussi perpétuellement en mouvement, vacillant entre deux temps. Carole ferma un instant les yeux, prise d’un sérieux mal de tête.

« Alors vous êtes revenus. »

Carole se retourna vivement. Dans un coin de l'entrepôt se tenaient deux hommes. Celui qu'elle avait suivit, et un autre, dans un costume de héros flambant neuf, au regard puéril et au sourire totalement inconscient. Il était visiblement jeune, fiers, et terriblement orgueilleux. Carole devina que ce devait être un de ces héros qui venait de découvrir ses pouvoirs et se pensait supérieur aux autres... Un type de héros dont Paragon City se serait passé bien aisément. C'était lui qui avait parlé, manifestement, et son interlocuteur avait déjà prévu sa réplique.

« Oui. Et j'ai réfléchis. Vous ne pouvez pas saisir cet entrepôt et toutes mes inventions. Nous sommes en Amérique, et je suis libre d'avoir ce que je veux dans mon garage. Embarquez-moi si vous voulez... Mais le juge ne sera certainement pas d'accord avec votre façon de penser. »

L'autre le regarda d'un drôle d'air, mi-amusé, mi-énervé.

« Et qui te dis que tu passera devant un juge ?... Tes petites affaires sont dangereuses, pour toi, comme pour ceux qui t'entourent. Je t'empêche simplement de commettre l'irréparable et de mettre en route ces machines pour envoyer des bâtons dans les roues de mes compères. Tu devrais me remercier. Si tu l'avais fais, j'aurais été un peu plus méchant. »

Il ricana puis mit sa main droite près du visage de l'universitaire. Un arc électrique se forma entre son pouce et son index. Il ferma les doigts. Il sembler penser que cette petite démonstration de ses pouvoirs suffisait à elle seule à calmer l'autre... Mais cela eu l'effet contraire.

« Tu te crois malin ?... Ces robots devaient être offerts à la police de Paragon. Tout simplement. »

« Pour nous attaquer de l'intérieur ? »

« On dirait qu'on ne lutte pas contre les préjugés. »

L'universitaire sourit puis parla un ton plus fort, sur un air autoritaire. Sa voix résonna dans le hangar de métal. Légèrement déformés par la tôle froissée, les échos prenaient des airs menaçants.

« Activation de toutes les unités d'assaut. Ordre d'attaque sur l'élément dérangeant : Super héros. Mot de passe : Mecarobot's. »

Le héros fronça les sourcils, croyant avoir affaire à un fou. Un bruit de rouage se fit entendre. Les robots se levèrent en grinçant et cliquetant. Leurs yeux rouges s'allumèrent et éclairèrent la pièce d'une lueur sanguine.

" Cible : Identifiée. Assaut : Imminent. "

« Hé merde... »

Le super héros se jeta sur le côté. Trois tirs laser filèrent à l'endroit où il se tenait quelques secondes plus tôt. Il n'eut pas le temps de réfléchir à une contre-attaque que déjà un missile fonçait vers lui. D'une roulade, il esquiva. Cependant, l'explosion l'envoya s'écraser contre une caisse métallique où il manqua de se briser le dos. Il concentra son énergie dans ses mains pour accumuler une grande dose d'électricité et écrasa ensuite sa main contre le sol. Les six robots ainsi que l'universitaire subirent une très forte décharge, ce qui eu pour effet de les mettre hors-service. Tous.

Ils tombèrent en arrière et grésillèrent un moment. On entendit des cliquetis et des générateurs de secours s'allumèrent, absorbant le surplus d'électricité dans des condensateurs invisibles pour Carole, cachés sous la carrosserie flambant neuve qui recouvrait leurs corps de métal. Le « Héros » sourit, et se tourna vers l'universitaire, victorieux, près à lui faire un de ses sermons à l'américaine dont seuls des êtres comme lui détenaient le secret.

Mais avant même qu'il ai eu le temps de se souvenir d'une de ses phrases préconstruites et atrocement stupides qu'il avait apprise par cœur dans le bouquin du super zéro de base, une demi-douzaines d'yeux rouges se rallumèrent, inquiétants et menaçants, dans la pénombre du lieu, brillant encore plus fortement qu'auparavant, comme si la décharge qu'ils avaient reçu n'avait fait que recharger leurs batteries, qui envoyaient à présent aux phares de voitures rouges, qui servaient d'yeux à ces robots, une énergie décuplée. Seulement trois des robots s'étaient relevés, les plus solides et les plus imposants. Les trois plus petits n'avaient pas pu correctement assimiler la décharge et se tordaient à présent de « douleur » sur le sol, alors que des arcs électriques les traversaient de part en part. Agité de spasmes violents, ils tambourinaient le sol du hangar de leurs lourds bras métalliques, produisant un impressionnant rafus, qui achevait de briser le silence inquiétant de ce lieu. Après le calme était venu le temps de la tempête, et elle n’avait pas fini de se déchainer.

Le super héros eu le réflexe suffisant de tendre une main ouverte devant lui, lorsque deux grenades et trois modules électriques volants décollèrent des lanceurs des robots. Évidemment, cela n'aurait pas été suffisant si on avait parlé là d'un homme tout ce qu'il y a de plus banal, mais heureusement pour lui, le gringalet en costume moulant avait plus d'un tour dans son sac. Un filet d'éclairs électriques se forma à deux bons mètres de lui. Les grenades explosèrent immédiatement en en percutant les mailles, et le souffle de l'explosion fut tel que l'électricien se retrouva sur le cul avant d'avoir compris ce qui s'était passé. Son filet électrique tint deux bonnes secondes supplémentaires après qu'il fut tombé par terre, et ce laps de temps suffit à court-circuiter les deux drones volants qui s'étaient jetés dans le filet, et qui tombèrent bêtement sur le sol, immobilisés.

Cependant, le troisième, tiré légèrement après les autres, passa le mur électrique juste après que celui-ci eu disparut, et put donc atteindre sa cible sans encombre. Il explosa en de multiples étincelles et bouts de ferraille voltigeant à droite à gauche, mais le plus dangereux de cette attaque fut l’éclair aveuglant qui se libéra lors de la destruction du gadget. Le héros eu le réflexe salvateur de dégoupiller une petite grenade avant de se faire criblé de balle, aveuglé comme il était. Cette petite sphère tomba à ses pieds libérant un épais gaz noir et opaque, laissant le costume du héros disparaître au milieu de cette fumée.
Le nuage avait complètement enveloppé d’ombre l’ennemi des robots, mais cela ne les empêcha pas de passer la zone au laser et aux balles. Des centaines de projectiles de tout types pénétrèrent dans la pénombre, ne laissant aucune chance de survie au héros aveuglé.

Attendre. Ils n’avaient plu que ça à faire. Trois robots et un gringalet de scientifique, fébrilement armé d’un fusil bricolé main, qu’il était parti en courant chercher sur une étagère, profitant de cette trêve d’un instant. Chacun était à l’affut, regardant partout. Le héros avait très bien pu se glisser derrière un des grands conteneurs de métal… S’il avait été assez rapide.

La fumée se dissipa enfin. Manifestement, il avait été assez rapide. Plus rien. Les robots sillonnaient de leurs yeux rouges le grand hangar d’ou pouvait à tout instant survenir une menace.

Et elle survint.

Le super héros se jeta d’un grand bloc métallique, les bras écartés devant lui en forme de V majuscule, un sourire quasi dément au bord des lèvres. Trois sphères d’électricité, lancées en plein vol. Trois sphères meurtrières envoyées avec une soigneuse précision malgré la vitesse de l’homme qui allait bientôt s’écraser sur le sol.

La première atteignit sans problème la poitrine d’un des deux robots de taille moyenne, entrainant sans problème sa surcharge immédiate et l’arrêt de toutes ses fonctions « vitales ». La deuxième s’approchait à toute vitesse de la tête de métal du plus grand robot lorsqu’elle fut littéralement absorbée par un champ de force créé par le troisième robot. La troisième, enfin, avait pour cible le torse du constructeur des robots. Mais elle ne l’atteignit pas. Il avait le réflexe suffisant pour faire un rapide pas de côté. Pas suffisant, malheureusement, car son bras armé écopa d’une bonne partie de la décharge. Plus tard, ce membre grillé et inutilisable serait remplacé par un bras métallique, beaucoup plus efficace, conclu rapidement Carole, qui se savait à l’abri, mais ne pouvait s’empêcher d’essayer de chercher refuge derrière une grande caisse de métal, tant la scène paraissait réaliste et fantasmagorique à la fois.

À peine retombé sur ses jambes que le héros courait déjà à toute jambes vers le plus imposant des robots. Ses poings fermés étaient désormais entourés d’une aura électrique d’un bleu profond. Son visage, lui, était déformé par la rage de vaincre.

L’énorme masse de métal n’eu pas le temps d’ajuster suffisamment ses tirs pour faire des dégâts sérieux à la menace qui déboulait sur lui. Cependant, il anticipa le choc assez tôt pour envoyer une énorme droite contre le flanc de son adversaire, qui vola sous l’impact, mais ne mit pas plus d’une seconde à se ressaisir, le sang et le cerveau fouetté par les masses d’énergie qui parcouraient son corps.

Le combat fut aussitôt réengagé. Poings électriques contre poings métalliques, le duel semblait ne devoir jamais se finir. Chaque coup de l’humain surchargeait un peu plus les condensateurs du robot, tandis que chaque coup de ce dernier démolissait un peu plus la chair et les os du premier. Combat de titans, danse intrépide, que ne voulait surtout pas interrompre l’autre dernier robot en état de marche, de peur de blesser son pareil.

Enfin la victoire. Victoire peu glorieuse d’un héros cotonneux, courbaturé, couvert de bleus, enfoui sous un tas de ferraille froid.

Victoire tout de même. Et tandis que péniblement le gagnant se relève, le petit robot cherche à réparer le gros, lui envoyant des centaines de micro-puces réparatrices. Une grande puissance se charge entre les mains du héros, un trait puissant démolit le crâne du robot.

Victorieux, enfin, il se tient debout sur ses jambes meurtries. D’une main il envoie une décharge aux micro-puces. L’énorme masse métallique s’agite d’un spasme puis s’affaisse. Il se retourne, lentement, vers l’homme qui a déclenché le massacre. Les robots étaient trop lents, trop fragiles, trop mal réglés, encore inachevés, encore trop jeunes, malgré les centaines d’heure que leur concepteur a passé à les créer. Le héros a gagné, et il s’en vantera toute sa vie.

« Toi, j't'embarques, t'es bon pour quelques années au Zig, mon vieux... »

C'est sur ces mots que le super héros Evan Murol clôtura le destin de Sylvain Gast, universitaire. Mais cela, Carole ne le sut que bien plus tard.

Pour le moment, elle n'entendit que la voix du loubard qui l'avait poussé à venir ici, le cyborg.

« Suit le héros. Et rapporte moi ses paroles... Ou sinon... »

Impressionnée par le combat qui vient de se dérouler, elle obéit, docile.

« Tom ? C'est Murol. J'embarque le fauteur de trouble. Fait-moi un recherche sur Mecarobot's, s'il te plaît... C'était son mot de passe pour ses robots. Je me demande si on peux pas dénicher un réseau avec ça.. »

Carole rapporta ces paroles apparemment sans importance à l'homme qui se tenait devant elle. Il semblait contenir difficilement sa joie. Il murmura plusieurs fois « Murol... » avec un sourire aux lèvres. Carole cru aussi entendre les mots « Tu es mort... ». Elle frissonna.

Le héros du souvenir repris la parole, après un moment plutôt long. Certainement avait-il laissé le temps à son collègue de faire ses recherches. Elle résuma pour le psychopathe :

« Ils n'ont rien trouvé à propos de Mecarobot's. Rien du tout. »

L'homme ricana légèrement et sourit, ne paraissant pas surpris le moins du monde.

« Oh... C'est un détail. Qu'ils recommencent leur recherche aujourd’hui. Ils en trouveront des résultats... »


Support : Fiche du prisonnier N°4A057F.
Sujet : Mecarobot's.
Enregistré par : Mecarobot's.
Date : 22 août 2008.

Enregistrement des informations du prisonnier N°4A057F retenu dans le pénitencier du Z.I.G. Depuis le : 14 avril 2002.
Zone : 14.B
Cellule : AC/84

Nom : Gast.
Prénom : Sylvain.
Âge présumé : 20 ans.
Délit : Refus d'obéir à un agent de la sécurité publique.
Commentaires des geôliers :
Agent Smart (Matricule 5D2).

22 Juin 2002 : Le détenu en question a subit un mois entier de crise psychologique. Il est entré de nombreuses fois dans des crises de fureur et de rage intense, puis des crises de tristesse pendant lesquelles son état mental frisait la folie, où il subissait de nombreuses hallucinations et n'était capable de penser à rien d'autre qu'à sa capture. Son état s'est aggravé le 15 Juin 2002. Il est entré dans une sorte de coma éveillé. Plus aucun réflexe repéré. Incapable de parler. Seuls les gestes habituels comme dormir ou manger lui étaient accessibles. Nous l'avons fait entrer en cellule psychiatrique ce lundi 24.

26 Juin 2002 : Tentative d'évasion du détenu. Manifestement en pleine capacité de ses fonctions cérébrales. Son état prétendument grave a réussit à duper aussi le service psychiatrique. Il a pu accéder à une bouche d'aération. Il s'est ensuite fait passé pour un geôlier après avoir prit le costume de fonction de l'agent Polk (Matricule 9A3). Cause de l'échec de l'évasion : Le détenu qui occupait la cellule en face de la sienne, présent du fait de sa libération, le même jour, l'a reconnut au beau milieu du hall d'accueil, et l’a dénoncé. Il a été reconnu, interrogé, et a regagné sa cellule. Il ne tente plus de duper les gardes depuis lors.

Agent Edward (Matricule 7F8).

3 décembre 2005 : Le détenu ne présente aucun signe de faiblesse. Il méprise les gardes et leur prête à peine attention. Il fait de moins en moins attention à la douleur physique de son bras droit, totalement brûlé et amorphe depuis son incarcération, malgré les soins prodigué. Il semble ne plus avoir qu'un seul but et s'y fixe. Il parle parfois de vengeance. Personne ici n'en sait plus. Demandons à ce que la peine soit reconduite. L'individu semble dangereux.

6 septembre 2006 :

Le détenu N°4A057F manque à l'appelle. Il semble faire partie des 124 prisonniers ayant profité de l'attaque des Ritkis sur Brickstown, et particulièrement sur le Z.I.G., pour s'échapper. La grille de sa cellule n'a pas été détruite. Aucun ritki ni aucun prisonnier libéré ne semble s'être aventuré jusqu'au secteur AC, où est positionné sa cellule. Aucune clé n'a été volé et aucune serrure forcée. Nous n'avons toujours pas d'hypothèses sur le moyen d'évasion du détenu.

Fiche du prisonnier déclarée close le 9 février 2008.

Caméra de sécurité du casino du splendide, 4 octobre 2008, 2 h 48.
Commentaire audio de Guillan Harx.

[Non terminé.]

jeudi 19 juin 2008

Hymosan


Hymosan venait enfin de terrasser la dernière défense des humains. Le conseil des sept grands mages venait de plier à l’unisson sous ses titanesques pouvoirs. Après avoir vaincu ce dernier bastion de résistance, il était certain d’avoir remporté la victoire. À lui seul, il avait vaincu tout les magiciens du royaume, les uns après les autres. Le conseil n’était que le noyau. Trop confiants en leur puissance, les mage du royaume semblaient avoir tout décliné, avoir perdu leur force légendaire. Ou peut-être était-ce simplement lui qui avait gagné en puissance durant toutes ces années, tout ces siècles d’apprentissage. Il était décidément fier de lui. Bientôt, il pourrait indiquer à son armée de soldats ainsi qu’aux mages de son pays de finir ce qu’il avait commencé, et de prendre le contrôle total du royaume. Il marmonna pour lui-même :


- Enfin ! Je vais pouvoir anéantir ces vermines !

- Tu te trompe.

Hymosan sursauta. Toujours en train de ruminer sa victoire devant le palais Royal, il n’avait pas sentit le jeune homme approcher. Dans la vingtaine, il avait des yeux bleus turquoise et des cheveux blonds coupés juste aux épaules. Il se tenait nonchalamment appuyé contre le mur d’une petite échoppe de l’autre côté de la rue, habillé d’une simple tenue de paysan. Hymosan se rendit compte grâce à sa magie que le jeune homme n’avait pas bougé depuis longtemps. Tellement longtemps, en fait, que c’en était ridicule. Aucune trace ne montrait qu’il s’était déplaçait jusqu’à l’endroit où il se tenait à présent. Il était donc forcément apparu ici. Hymosan se méfia subitement beaucoup plus de lui. Rares, très rares étaient les sorciers capables de se déplacer dans les couloirs de l‘éther. Enfin, il se questionna sur le sens de ses paroles.

- Penses-tu vraiment pouvoir t’opposer à moi... Gamin ?

Le jeune homme fit la moue en regardant le sol.

- Non… Je n’en ai pas vraiment envie…

Il leva une main et se caressa le menton, imberbe, faisant mine de réfléchir en levant les yeux au ciel.

- … Mais je pense que je le pourrais.

Hymosan arqua un sourcil, puis cracha avec dédain, piqué au vif.

- Tu pense ?… Vraiment ?

- Non… J’en suis sûr.

Il sourit et posa les yeux sur le sorcier. Celui-ci était revêtu d’une ample cape noire qui lui cachait jusqu’au visage. Il enleva la capuche d’un revers de main, ses yeux rouges pétillant de rage, et cracha ces paroles :

- Sais-tu seulement à qui tu parle ? ! Je suis le fils du grand sorcier Arcos, seigneur du Sorban, et de la reine elfique Nalima, dont la beauté et l'intelligence n'ont nulles autres pareilles.

- Terminons donc les présentations. Je suis moi-même l’humble fils de Tarpan le fermier, et de Gildas, fille de forgeron, acheva le jeune homme avec une révérence.

- C’en est trop, minable ! Je n’ai plus de temps à perdre avec tes bêtises ! Trêve de bavardage, voyons si tu résisteras à ton défi.

- Je n’ai pas lancé de défis, répondit le jeune homme avec un haussement d’épaule.

Pendant ce temps là, Hymosan marmonnait à toute vitesse des incantations en langue ancienne. Enfin, il leva les bras. Deux énormes pierres se soulevèrent de terre de chaque côtés de lui, puis commencèrent à rougir à toute vitesse, pour bientôt entrer en fusion. Le mage abaissa ensuite les bras et des centaines de petites flèches de lave bouillante de dirigèrent vers le jeune garçon. Celui-ci ne remua pas une seule fois les lèvres, et ne bougea pas d’un pouce. Cependant, de minces filament d’eau jaillirent de terre et piégèrent les flèches écarlates dans des petits lassos. Les fils se tendirent lorsque les flèches voulurent avancer encore plus et ces dernières s’écrasèrent en arcs de cercle sur le sol où elles commencèrent à refroidir.

Aussitôt après Hymosan leva les paumes vers le garçon et des rayons de lumière rouge filèrent en direction de sa poitrine. Deux petits boucliers d’or et d'argent apparurent juste devant les faisceaux et les stoppèrent net. Hymosan grogna et entama une autre incantation. Bientôt, il arrachait des morceaux entiers de mur du palais derrière lui et les envoyait à distance sur le garçon qui ne réagissait toujours pas, gardant un calme éreintant. Des éclairs sillonnèrent le ciel et fendirent les morceaux de murs à plusieurs reprise, en les éloignant à chaque fois du garçon. Derrière le mage, la structure monumentale commençait à s’effondrer. Le jeune homme claqua deux de ses doigts et le palais redevint aussi intact qu’à son premier jour.

Hymosan, ne renonçant jamais, fit apparaître des sphères d’énergies dans ses mains et les envoya une à une sur le garçon, avant d’en créer une encore plus grosse en levant ses bras au dessus de sa tête. La sphère enfla en quelques secondes avant qu’il ne l’envoie sur le garçon. Comme les autres, elle s’écrasa sur la paume levée du petit mage, qui en absorba toute l’énergie. Des filaments rouges vifs coururent entre les doigts d’Hymosan, qui forma une autre sphère entre ses mains, mais beaucoup plus condensée cette fois-ci. Il y transféra une grande partie de sa puissance et l’envoya en l’air. Elle s’arrêta à une cinquantaine de mètres au dessus de leur tête et commença à envoyer des rayons dévastateurs partout autour de sorciers.

La puissance d’un rayon suffisait à faire exploser une grande maison, mais curieusement lorsque les rayons, étant surtout ciblés sur le jeune homme, s’abattaient sur lui, il ne subissait strictement aucune dommage, une fine armure luisante s’étant établit tout autour de son corps frêle. La route pavée sous ses pieds cependant subissait plus de dégâts. Un profond cratère se forma bientôt sous ses pieds. Mais il ne bougea pas pour autant. Flottant dans la même position qu’à son apparition, il ne semblait pas se sentir concerné par le combat. Pensif, il regarda la sphère au dessus de sa tête. Après l’avoir fixé quelques secondes, celle-ci implosa sous son ordre muet. Il claqua alors une nouvelle fois des doigts et la ville se reforma entièrement.

Hymosan le regardait d’un air ébahit et effrayé, autant qu’énervé. Personne n’avait jamais survécu à autant de ses attaques. Généralement, les mages étaient vite débordés et leurs défenses tombaient les unes après les autres. Il infiltra les pensées du jeunes garçon pour vérifier s’il avait dit vrai quand à ses origines, et pour savoir d’où venait ses pouvoirs. Il n’avait pas beaucoup d’espoir quant à la réussite de ses inquisitions, tout les mages fermant toujours habilement leurs esprits, mais il comptait bien forcer l’entrée des pensées du jeune homme avec son habituelle dextérité, même si ce gamin semblait plus puissant que lui… Pour le moment.

Curieusement, il pénétra son esprit sans problème. Et y trouva exactement ce que le jeune homme avait dit. Un garçon de ferme étudiant seul la magie durant ses quelques heures de repos. C’était impensable.

- Ne te gène pas surtout. Mais si tu veux une petite leçon de politesse, mieux vaut poser des questions de vive voix plutôt que de forcer ainsi la main. Enfin.. Si cela peut te prouver que je ne mens pas… Allez, sors maintenant.

Aussitôt, Hymosan fut éjecté de l’esprit de l’homme avec une force incroyable. Une multitude de barrières se refermèrent et bloquèrent toutes ses nouvelles attaques. Hymosan se demanda si le jeune mage n’avait pas réussit à lui montrer une autre mémoire que la sienne, ou à modifier littéralement et totalement ses souvenirs. Il s’attendit à ce que son ennemi se venge et tente aussi de le sonder, et protégea donc son esprit le mieux possible. Mais rien ne vint.

- Il faut apprendre à être plus subtil, ricana le jeune homme d’une voix enjouée et poussant une mèche de ses cheveux sur le côté de sa tête. Regarde, je peux entrer dans ton esprit sans même que tu arrive à me voir entrer.

Hymosan entendit alors une voix dans son esprit. * Une enfance difficile… ? * Effrayé, il voulut le chasser de son esprit, mais rien n’y fit. Il se dit ensuite qu’il pourrait profiter de cette diversion pour attaquer physiquement son ennemi. Il leva une paume brillante vers son adversaire, mais avant qu’il ai pu envoyer toute sa puissance, un explosion de feu brûla sa main et l’empêcha d’agir. Le sorcier se soigna immédiatement après avoir poussé un léger cri de douleur. * Pitoyable. Attaquer quelqu'un en sachant pertinemment qu’il a prit position dans votre esprit, qu’il sait exactement ce que vous pensez, et que vous ne pourrez pas le surprendre. * Finalement, il sentit le jeune mage se retirer de son esprit de son plein gré, désintéressé de ce qu’il avait vu.

Hymosan hurla de rage et envoya toute sa puissance sur l’intrus. Tout les éléments se déchaînèrent. Toutes les attaques qu’il avait apprise ressurgirent à la surface de son esprit et il n’en épargna pas une seule. Des flots de puissance considérables fusèrent en même temps sur un seul homme.

- ASSEZ !

La voix qui venait de hurler avait surgit du fond des âges, avec une puissance inconnue du sorcier. Mais c’était bien les lèvres du jeune mage qui avait bougé. Aussitôt après, il dévia tout les sorts dirigés vers lui d’un simple revers de main, comme s’il avait chassé une mouche. Une quartier entier de la ville derrière lui fut réduit à néant. Irréparable cette fois ci tellement les pierres mêmes avaient été réduites en bouillie par d’innombrables attaques.

- J’aurais presque envie de vous instruire, tellement j’ai pitié de vous. Vous avez un grand potentiel.. Mais vous vous bornez à utiliser ce que vos aïeux ont découvert, sans chercher à le trouver par vous-même. Nous regrettons trop souvent la puissance des anciens, mais c’est simplement parce que nous n’avons pas la force de commencer à zéro, tout comme eux… Mais je ne vous instruirais pas. Tout d’abord, car ce serait contraire à me principes. Ensuite, car votre caractère me déplait fort. Dans tout les cas, vous avez intérêt à partir de ce royaume. Vous avez tué suffisamment de gens comme ça. Partez, avant que je ne change d’avis et décide d’utiliser véritablement mes pouvoirs, et surtout, ne revenez pas. J’y veillerais.

Le magicien disparu, et le sorcier décida, effrayé, qu’il valait mieux qu’il parte lui aussi au plus vite, quitte à affronter les représailles de son peuple. Quelques minutes seulement auparavant, il se croyait le plus fort, le plus puissant des mages du monde. A présent, il rentrait chez lui, ayant rencontré beaucoup, beaucoup plus fort que lui.


[Simple Power Trip. ;) ]

lundi 31 mars 2008

La Paresse

"Ô paresse,
Quand ton ombre s'étend
Sur mon corps somnolant,
D'un désinvolte bâillement
Mes lèvres laissent entrer ton néant...

Ô paresse,
Ta froide torpeur m'envahit
Telle la neige sur le pic du Midi,
Lentement, mes jambes tu engourdis.
Tu m'ankyloses, ma douce amie...

Ô paresse,
Ta chaleur me laisse sans voix,
Et devant mon désarroi
Tu ris aux éclats ! Et moi,
Je croule sous ton poids.


Ô paresse,

Tu me force à l'inaction

Et m'invite à l'abandon.

Je divague sans raison

Dans un monde d'illusions.

Ô paresse,

Je ne me débat plus...

Tu t'accroche telle une sangsue.

Mais quand me lâcheras-tu ?

Pauvre de moi, tu m'as vaincu !

Et dans un sursaut de sagesse,
Face à cette lancinante paresse,

Je me dégage avec souplesse,

Hâtivement, je me redresse.

Épargne moi ta tendresse,

Ta fourbe délicatesse,

Il faut que tu me laisses !
Et que tout cela cesse...
"

Ce texte vous a paru obscur ? Voici un lien explicite, relisez le "poème" (ok un bien grand mot je devrais dire notre "délire") ensuite. Vous le regretterez pas... enfin j'espère^^
Sans plus attendre : >>>LE LIEN<<<
Ragn&Jul™

lundi 17 mars 2008

Tome 1 : Naissance d'une légende - 2ème volet

Des cris fusèrent, c'étaient ceux des parents qui tentaient de rapatrier leur progéniture avant l'aube qui ne tarderait point.

Déjà un rayon de l'astre flambant avait atteint le sommet du donjon, il n'y avait plus que les crêtes des montagnes pour protéger la ville de la lumière.
Une mère hurlait sans résultat le nom du fruit de ses entrailles qui, une rue plus loin jouait inconscient du danger avec d'autres enfants. C'était comme une panique programmé chaque matin et chaque habitant jouait chaque fois son rôle à la perfection.

Déjà du renfort était arrivé auprès du premier rayon. Le filet de lumière atteignait à présent le fenêtre la plus haute du donjon.

Chacun se réfugia dans leur chez-soi respectif. Tandis que la mère affolé continuait de hurler sans résultat le nom de son fils, un guerrier qui vivait dans la rue aperçut l'enfant qui, s'étant retrouvé seul s'était mis à geindre. Il l'empoigna aussi adroitement que son état d'ébriété le lui permettait et l'attira dans sa maison. Le mari de la femme en pleur, déjà à l'abri commençait à s'inquiéter de son absence ainsi que de celle de son fils, mais il était à présent trop tard. Il vérifia que sa femme avait bien fait le nécessaire pour passer le mieux possible la journée à venir : tous les interstices avaient été soigneusement bouchés. Après avoir calfeutré la serrure il soupira d'aise et s'installa dans son fauteuil préféré en songeant à sa femme qui devait finalement encore le tromper avec le voisin et à son fils qui était sans doute resté chez un ami.

Déjà la langue de lumière venait de prendre possession du donjon et s'attaquait, après approbation du relief limitrophe, aux maisons avoisinantes.
Dans une maison mal obturé, un rayon incandescent parvint à s'immiscer. L'hôte des lieux bondit de son fauteuil, et brandit une épée mal affûtée. Le rayon se mit à virevolter autour de lui, évitant avec une évidente facilité ses larges moulinets. Une goutte de sueur perla sur la tempe du guerrier. Elle atteint le sol en même temps que la tête qui lui avait fait voir le jour et qui dorénavant ne verrai plus la nuit.

Des cris victorieux jaillirent des hauteurs, accompagnés d'un bourdonnement familier. Tel un essaim, des créatures de lumière : les Faïlrabhans, comme les appelaient les habitants d'Orksymord, fondirent sur cette ville devenue proie.
A l'intérieur des habitations régnait un silence de mort. Les mères serraient leur progénitures contre elles jusqu'à les étouffer, les pères voulant paraître brave devant cette situation qui les dépassait fixaient un point imaginaire situé généralement dans un coin de la pièce avec la volonté de le dominer, les amoureux se blottissaient l'un contre l'autre se répartissant ainsi mieux une terreur décidément trop difficile à endurer seul.

Déjà on pouvait entendre le bruissement des ailes des Faïlrabhans le long des murs, cherchant une victime facile. Personne dans cette cité ne les avaient réellement vu sans en payer les conséquences foudroyantes. Mais l'imagination du peuple ne peinait pas à s'éveiller à leur allusion. Les uns les disaient monstrueux, tel des insectes qui en quelques coup de mandibules vous réduisait le plus vigoureux guerrier en une bouillie qu'ils aspiraient ensuite à l'aide de leur sorte de trompe, d'autre les qualifiaient de gigantesque et magnifiques à la fois, semblable à des divinités vengeresse venu pour les punir de leurs pêchés... On les voyait dorés, verdâtres ou même incandescents avec une carapace argentée mais nul ne s'était encore hasardé à vérifier sa thèse.

Dans un coin de rue, au pied d'une porte qui demeurerai close une femme achevait d'épuiser ce qui lui restait de larmes. L'instant d'après un long râle plana au dessus de la ville anesthésié ; dans une pièce sombre un guerrier encore à moitié soûl essayait en vain de calmer les braillements d'un enfant à peine sorti du ventre de sa mère.

dimanche 16 mars 2008

Tome 1 : Naissance d'une légende - 1er volet

La nuit pointait, et déjà les lueurs de la ville s'allumaient comme pour combattre les griffes d'obscurité qui s'étendaient peu à peu, comme pour reprendre un bien dont les dieux leur avait si généreusement fait cadeau après l'avoir maudite.

Quand enfin la nuit eu jetée son noir manteau au dessus de cet amas de rocaille comme on le jette une fois une journée bien remplie à veiller sur le sommeil des autres habitants de la planète, alors seulement, les habitants d'Orksymord, triste ville porte manteau de cette région inhospitalière, se décidèrent à sortir de chez eux, d'abord prudemment, puis, comme il n'y avait aucune réaction, il se firent plus audacieux. Une quantité de choses devait être faites avant l'aube, il fallait se dépêcher. La vie agitait maintenant la ville tel un torrent impétueux dont le lit vient d'être désobstrué. Les bistros et auberges avaient ouverts leur porte et l'on pouvait sentir de délicieux fumets s'échappant de leurs portes grandes ouvertes en signe de bienvenue. Les guerriers qui n'avaient rien à faire s'y aventuraient tandis que les femmes s'occupaient de régler tous les menu détails quotidiens : calfeutrer de possibles trous afin de pouvoir revivre ce moment une fois de plus, jeter les débris du haut des remparts, regarnir le stock de provisions, se refaire une beauté et aller au bal se tenant au donjon, qui faute de pouvoir remplir son rôle primaire était devenu le rendez vous régulier de tous ceux en quête d'une raison de vivre et qui voyaient dans les intrigues de l'amour un moyen comme un autre d'oublier une existence rude et dangereuse. Pour d'autres la solution se trouvait dans les bistros où ils se saoulaient jusqu'à en oublier qui ils étaient. Enfin l'ultime issue, bien qu'interdite mais trop souvent utilisé et sans doute la plus efficace : sauter du haut des remparts et retrouver la paix mais seulement au prix d'affreuses souffrances passés dans la gorge brûlante de Gobehto, le volcan qui leur servait de benne à ordures.

Dans un quartier mal famé, pas si loin que ça du centre ville, un individu fut projeté hors d'un bistro. L'aimable hôte des lieux accompagna sa fuite de toutes sortes de jurons que le refoulé était bien en mal de comprendre. La patron avait du lui casser le nez en la ramenant de force à la sortie. Qu'allait-il faire maintenant ? De toute manière c'était toujours la même chose : pour pouvoir finir l'équivalent d'un verre il devait bien visiter 3 bistro chaque nuit. Malheureusement il commençait à être connu dans le coin, faute de connaître son vrai nom lui même il se trouvait affublé d'une multitude de surnoms tous ayant une connotation de raté, de perdant prédestiné, d'erreur de la nature, de fruit pourri, de foutu sans vergogne, de loupée de manhi, de bon à rien, de traîne savate, de périmé défectueux, de tire au flanc... Il n'était même plus bon à attirer la pitié. Mais sans parents comment pouvait-il en être autrement ? Et puis pourquoi l'alcool lui faisait-il dire des choses aussi absurdes? Des sortes de prophéties sans queue ni tête d'après ce qu'il avait pu entendre mais jamais personne n'avait voulu lui répéter ce qu'il avait dit tellement cela semblait infâme. Alors on le virait avec pour seule instruction de ne jamais revenir, qu'il n'y avait pas de place pour des gens "comme lui" ici.

Il bifurqua à un embranchement, cette ruelle ou une autre peu importait il fallait qu'il s'assied, sa courte course l'avait épuisé... Encore un effet de ce foutu alcool dont il était dépendant. Sans prendre garde il se laissa tomber contre un mur, essayant de rassembler ses esprits. Quelque chose de putride empestait cette petite rue mal éclairée, c'était bon signe, son nez n'avait pas dit son dernier mot. Mais, par ce foutu Rhastiyah, cette odeur était intenable ! Il devait en avoir le cœur net. Rassemblant son piètre courage où plutôt gaspillant ce qui lui en restait, moitié titubant à cause de sa vue encore troublée, il se traîna vers la source putride. Il manqua de trébucher, quelque chose de mou était affalé là, par terre. Se bouchant douloureusement ce qui lui restait de nez d'une main, il tendit l'autre en direction de la chose. C'était visqueux et chaud à la fois, il retira vivement sa main, ÇA venait de le mordre. Maintenant totalement dégrisé il écarquilla les yeux : une énorme larve à écailles gisait à ses pieds dans une mare de viscères. Il détourna aussitôt le regard réprimant une horrible ascension de vomi dans sa gorge. Sa main le lançait horriblement, son nez semblait s'être embrasé et sa tête était au bord de l'explosion. Il suffoqua : quelque chose d'impalpable mais pourtant si douloureux venait d'entrer dans son esprit. Il aurait voulu pouvoir hurler sa peur mais il en était incapable, prendre la fuite, c'est ce qu'il savait le mieux faire, lui en restait-il la force ? Ses pieds machinalement se mirent à se mouvoir et comme conscients de leur importance se permirent même une faible course en direction de la sortie de cette ruelle, de cet odieux couloir de ténèbres. Ses yeux étaient comme happés vers cette torche au coin de la rue qui l'attirait irrémédiablement comme une mère attire son fils apeuré. Cette lueur toute juste perceptible à travers le voile de ses yeux était son seul point d'attache, son seul espoir, la seule chose à se raccrocher pour échapper à cette douleur qui lui labourait la tête. "Non ne pars pas ! J'ai besoin de..." Ce qui lui restait de conscience repoussa cette voix ou plutôt ce souffle glacial d'intensité qui lui hantait la tête. Il atteint enfin la torche, tandis les mains vers sa réconfortante lumière, sûr d'y trouver l'apaisement à ses maux... Il s'y brûla la paume, ce supplice de plus fut de trop. Il s'évanouit au pied de la torche traîtresse laissant libre cours au deux forces qui s'affrontaient sur le champ de bataille qu'était maintenant devenu son corps de gamin.

samedi 8 mars 2008

Le Fléau

Imaginez un instant un Fléau plus fort que tout ce que vos rêves peuvent imaginer pour votre piètre cerveau. Imaginez un Fléau qui détruit de nobles vies, qui vous prend, jeune dans la rue, telle une maladie qui s'abat sur sa proie. Mais qui ne la lâche plus. Un Mal qui peut être aussi lent que rapide, attaquer, ronger un être sur le long terme, jours après jours, années après années... Mais aussi sur le court terme, attaquer, raidir votre corps, vous ôter toute clarté dans vos pensées, toute grâce dans vos mouvements, vous faire chuter aussi sûrement qu'un coup d'épée, vous éblouir aussi bien que les lampes des nazis, transformer la plus pure des filles en misérable catin... Il n'est de marteaux qui aie brisé plus de verreries. Un poison qui va jusqu'à détruire les plus beaux sentiments, les plus belles amitiés, les plus belles alliances. Fondant quelques camaraderies d'un soir, certes... Qui peut pour un instant vous faire rêver, vous faire rire, vous éloigner des horreurs habituelles de la vie, vous sortir de votre train train quotidien. Mais à quel prix ce temporaire excès de joie et de bonne humeur s'achète ? A quel prix passez vous une heureuse soirée. A quel prix vos enfants vous regardent tituber avec le coeur serré ? A quel prix vos frères et vos soeurs vous regardent d'un air apitoyé ?
Ce Fléau qui conquit tout les coeurs, leur fait croire à un idéal de magnifique pureté, et les laisse vides et sans vie, qui assouvit les désirs des uns, fait monter l'estime des autres, les fait avoir des amis pour un soir... Ce triste Fléau existe. Ce triste Fléau continue jour après jour à détruire des vies sous nos yeux. Et nous n'y faisons rien. Et nous nous laissons faire. Bande d'idiots superbes autant que stupides que nous sommes, espérant enfin pouvoir rêver, tout en nous rendant à peine compte que nous rêvons au mépris de notre propre vie, qui disparaît sous nos pieds pendant que notre tête s'élève dans les nuages... Il en est qui en rient. Qui aiment à se voir ainsi malmenés par une terrible force qu'ils ne maîtrisent pas. Qui rient de leur honte et de leur déshonneur. Mais il en est d'autres qui observent livides le triste spectacle et n'ont même pas le bonheur de pouvoir se cacher les yeux.
Il en est qui jouent avec le feu, qui tentent le diable en laissant pénétrer le Mal par quelques pores de leur peau sans se laisser conquérir, sans se brûler. Qui ne le touchent qu'à peine pour ressentir légèrement l'effet de la brûlure sans pour autant perdre leur doigt... Mais qui un jour, à force de jouer, se perdent à leur propre jeu... Et finissent par payer leur belle témérité.
Vous l'aurez déjà deviné. Ce Fléau existe... Et il a un nom. L'alcool.